2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 14:26

J'aimerais pouvoir vous confier, sur le ton de la confidence, les révélations extraordinaires et la qualité exceptionnelle de la prière sur le chemin. Le dépouillement, la simplicité, la nature, l'immensité, l'état de transe dans lequel met la marche, les rencontres, tout cela ne doit-il pas mener naturellement et de façon privilégiée vers la transcendance, quelque soit le nom que l'on donne à celle-ci ? L'honnêteté m'invite pourtant à dire bien autre chose...

 

La marche est une occupation à plein temps. Et comme ceux qui emportent des livres se découvrent bientôt incapables de les lire au fil des étapes, moi qui était parti avec l'idée de prier en marchant, j'ai bien dû déchanter. Le chemin ne l'entendait pas de cette oreille. Ou plutôt, comme pour bien d'autres choses, il allait déplacer les lignes.

 

Marcher sollicite les sens. Tous les sens.

 

La vue, en premier lieu. Il faut quand même regarder où mettre les pieds pour le pas qui vient et pour le suivant, tout en admirant le paysage et en cherchant la prochaine marque du balisage.

 

L'ouïe, elle, est constamment en éveil : vent dans les arbres, chants des oiseaux, voitures qui passent au loin ou qui s'approchent dans le dos et dont il faut se garer, aboiement d'un chien...

 

L'odorat tantôt se délecte du parfum d'un foin tout juste fauché ou de la résine des pins qui craquent sous le soleil et tantôt se révulse quand il faut traverser un carrefour à grande circulation ou contourner le cadavre d'un blaireau au bord de la route.

 

Le toucher ? Les vêtements sur la peau, la transpiration dans le dos, la pluie qui rafraîchit le visage, mais aussi le bâton de marche dans la main ou l'écorce de l'arbre sur laquelle on s’appuie un instant pour remonter ses chaussettes...

 

Quant au goût, outre le souvenir du repas précédent, camembert et saucisson comme il se doit, c'est aussi l'eau, toujours la même et toujours différente d'un ravitaillement à l'autre, cet arôme de chocolat qui envahit le palais à la pause, la fleur de trèfle un peu amère mordillée en chemin.

 

La marche sollicite tous les sens, vraiment tous les sens, et ce, à chaque instant.

Essayez alors de prier, de vous tourner vers l'intérieur, vers cet hôte qui vous attend.

 

Vous réaliserez que la chose ne va pas de soi. Pendant la méditation, le monde n'existe plus avec la même intensité, et pour cause. La marque du balisage qui annonce une bifurcation passe inaperçue. La flaque d'eau sur le chemin ou la bordure de la route aussi. Vous vous rendez compte qu'il est très difficile, pour ne pas dire impossible, d'être, en même temps, attentif au monde que vous traversez et au monde intérieur qui vous habite. Évidemment, quand la ligne est droite et le chemin large, vous pouvez oublier un instant le monde et vous immerger dans vos pensées pour méditer. Mais, très vite, l'environnement se charge de vous rappeler à l'ordre. Et la prière se dissipe comme une bulle de savon qui explose en mille-et-une gouttelettes.

 

Alors ?

 

Alors, il y a autre chose.

 

Prier en marchant (1/2)
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commentaires

Luc 02/06/2014 23:03

Bonjour,

Deux jours que je dévore votre récit et contemple vos photos! Je souhaiterai me préparer pour le Chemin...