17 mai 2014 6 17 /05 /mai /2014 13:03

Dernière ligne droite vers Castrojeriz. Un pur moment de bonheur à travers un paysage d'une beauté castillanissime. Vous connaissez déjà la recette de cet enchantement : collines aux courbes douces, champs de blé parsemés de coquelicots, ciel bleu azur et, pour changer un peu, un village qui se dessine au loin, tapis sous une éminence au sommet de laquelle trône un château en ruine. Les maisons épousent les flancs de la colline, comme si elles voulaient l'entourer d'un collier protecteur. En guise de porte d'entrée, l'église de Nuestra Señora del Manzano, Notre-Dame-du-Pommier. On la dirait transformée en musée. Je note les heures d'ouverture car je compte bien revenir pour la visiter en fin d'après-midi.

De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)
De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)
De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)

Traversée du village par la rue principale qui serpente, étroite, entre les vieilles maisons moyenâgeuses. Il ne manque ni de refuges privés, ni d'auberges, ni même d'hôtels pour pèlerin. Une indication bienveillante indique une albergue de peregrinos et un refugio de peregrinos, tous les deux municipal, mais dans des directions opposées. Dilemme ! Sans trop réfléchir, j'opte pour l'albergue qui me semble plus prometteuse que le refugio. Elle trône en effet sous les toits d'un bâtiment qui domine une grande place. Un hospitalier à l'air grognon, et dont je devine qu'il ne dédaigne pas son petit flacon régulier, m'indique le dortoir où sont alignés à même le sol une série de matelas. Ce sera rustique. Le refugio aurait-il été plus confortable ? Je dîne d'une petite salade de tomates sur la terrasse de l'auberge, à l'ombre délicieuse d'un parasol et entouré des chats et des chiens de l'hospitalier. Les français arrivent et me rejoignent avant que je n'aille faire une sieste réparatrice, prélude à la visite du village, de ses églises et de sa tienda !

De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)
De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)

Castrojeriz ! Ce nom chante à mes oreilles. Est-ce le jota espagnol qui lui donne un petit côté exotique ? Le souvenir de mes lectures d'avant départ ? Ou le caractère des ruelles et des maisons qui s'enchevêtrent à l'assaut de la colline et de sa citadelle en ruine ? Direction la tienda, abritée sous le passage en arcades qui double la rue principale. Quelques courses vite achevées. Puis l'église paroissiale Santo Dominguo, au centre du village, avec son petit musée adjacent, installé en partie dans un cloître ombragé. Il célèbre les relations commerciales entre la cité castillane et... Bruges, la flamande. Les marchands exportaient la laine produite en Espagne pour être travaillée dans les ateliers des drapiers de la Venise du Nord. Castrojeriz - Brugas, qui l'eût cru ? De grandes tapisseries flamandes sont suspendues aux murs de l'église.

 

Dans le chœur, une chorale d'enfants turbulents répète vaille que vaille des chants qui doivent être religieux. Une dame qui décore l'édifice de fleurs de toutes les couleurs m'invite à la célébration des professions de foi qui aura lieu ici-même ce soir. J'hésite, partagé entre le désir de rencontrer une communauté chrétienne locale fêtant un des événements les plus populaires de l'année, et donc un des plus authentiques, et l'ennui d'une célébration interminable à laquelle je ne comprendrai rien... Nous verrons ce soir en fonction de mon humeur !

De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)
De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)

Retour vers l'entrée du village et l'autre sanctuaire au nom si poétique : Notre-Dame-du-Pommier. A ma grande surprise, j'y croise le pèlerin allemand de piteuse mémoire avec lequel j'entame la discussion. Il est protestant et engagé dans la vie de sa paroisse : chorale, catéchisme, etc. Nous voilà partageant nos expériences contrastées et pourtant confrontées aux mêmes enjeux et aux mêmes difficultés qui traversent bien sûr toutes les confessions religieuses. Décidément il ne faut pas se fier aux premières impressions. Ou plutôt, une impression peut en cacher une autre. C'est un homme plein de questionnements et d'interrogations avec lequel j'achève ma visite. On chercherait en vain aujourd'hui la moindre trace de la morgue hautaine dont il avait fait preuve hier soir... béni soit le chemin !

De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)
De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)

Ce soir, étrangement, j'ai le spleen. Est-ce de me promener seul et sans but dans les ruelles désertes ? Aurais-je mieux fait d'aller aux professions de foi ? J'entends les chants qui sortent de l'église pleine à craquer, mais ils ne me donnent pas envie. Je promène ma nostalgie et mon vague à l'âme jusqu'au bas du village, son parking à touristes et sa statue de pèlerin. Que manque-t-il à cette journée ? Une présence ? Une intériorité ? Une amitié à partager ? Je remonte vers le refuge alors que la foule quitte l'église. La fête a lieu au rez-de-chaussée. Nous entendrons les chants, les cris et les rires pendant une partie de la nuit. Étendu sur le sol du dortoir, je laisse le sommeil engloutir mes questions à défaut de les apaiser. Le camino est encore long et pourtant, Santiago approche. Que m'a donné jusqu'ici le chemin que je ne connaisse déjà ? Tous ces jours passés à marcher valaient-ils vraiment la peine ? Heureusement, Guy, Marité et Annie ne sont pas loin. Présence silencieuse qui réconfortera cette nuit sceptique...

De Hornillos del Camino à Castrojeriz (2/2)
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