31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 13:09

Ce matin, nous quittons la Navarre pour entrer en Rioja, province réputée pour ses vins de qualité qui réjouissent le cœur. Heureusement que le vin est de la partie car le soleil, lui, se cache obstinément derrière de lourd nuages qui ne vont pas tarder à percer sur les pèlerins que nous sommes. Les dix premiers kilomètres jusqu'à Logroño sont une formalité. Entrée dans la ville sous une pluie battante. Je me perds un peu dans les ruelles désertes, passe devant le refuge, ouvert contrairement aux informations reçues hier soir à Viana. Direction la cathédrale. Elle ne me fait pas grande impression, sinon par sa chaleur bien agréable qui permet à mes vêtements de sécher quelque peu. Lendemain de fête, de nombreux cierges brûlent encore devant les statues qui ornent les différents coins de l'édifice et devant lesquelles des fidèles, en majorité de vieilles femmes à l'air sévère, viennent faire leurs dévotions matinales. Prient-elles pour se faire pardonner les excès de la fiesta passée ? Si c'est le cas, il s'agit sans doute des excès de leurs enfants et petits-enfants !

De Viana à Navarrete

Retour dans le froid et la bruine. Cette fois, je me perds pour de bon dans la ville et peine à retrouver les fameuses flèches jaunes qui guident le pèlerin vers Compostelle. Heureusement, un habitant me remet sur la voie et j'arrive bientôt à la sortie de la vieille ville. Un spectacle étonnant m'y attend. Sous un auvent ouvert aux quatre vents, une dizaine de rapaces, diurnes et nocturnes, montent la garde, immobiles sur leurs perchoirs disposés en cercle. Ils ont dû faire partie du spectacle d'hier, mais, aujourd'hui, ils se contentent de me regarder passer, l'air à moitié endormis. Seul un faucon s'agite et essaie sans succès de s'envoler, retenu par une laisse à son perchoir. Ils y met une énergie telle qu'il a parfois du mal à replier son aile après chaque tentative avortée. Ces oiseaux de proie sont magnifiques mais leur rassemblement ici a quelque chose de triste et d'un peu désespéré. Ces animaux sont faits pour les grands espaces et doivent ronger leur frein de ne pouvoir parcourir les immensités d'un pays fait pour eux. Tandis qu'ils se rendorment, je m'éloigne, le cœur partagé.

De Viana à Navarrete
De Viana à NavarreteDe Viana à Navarrete

La suite du chemin se révèle une sortie interminable de ville à travers un parc aménagé, magnifique pour des promeneurs du dimanche, mais peu enthousiasmant. D'autant qu'il fait des circonvolutions dont la principale utilité est de rallonger la distance parcourue. Je lirai plus tard, trop tard, que ce parc que nous traversons est une réserve naturelle où fourmillent toutes sortes d'oiseaux et de plantes qui valent le détour. Pour l'instant, c'est sous une nouvelle averse que nous arrivons au barrage de la Grajera. Je dis nous car Tri et moi faisons l'accordéon avec le groupe des retraités français, une fois de plus.

De Viana à Navarrete

La route jusqu'à Navarrete ne me laisse presqu'aucun souvenir sinon une traversée d'autoroute et les ruines d'un hospice de pèlerin, quelques restes de murs au ras du sol, juste avant l'entrée dans la ville qui sera notre étape pour aujourd'hui.

 

Pris par notre enthousiasme, nous passons devant l'albergue de peregrinos sans l'apercevoir. Arrivés manifestement trop loin, sur la place de l'église, nous effectuons un demi-tour réglementaire et retrouvons nos retraités français ainsi que Jan, le danois, qui attendent l'ouverture du refuge. Nous sommes bien trop tôt, courte étape de 23 kilomètres oblige. Heureusement, nous pouvons nous abriter de la pluie qui n'a pas desserré son étreinte sur la jour sous les arcades des galeries sur lesquelles les maisons du village sont bâties. Quand l'hospitalier arrive pour nous accueillir, nous nous précipitons pour exécuter le programme standard du pèlerin à l'étape. Dîner, douche, lessive et sieste, dans l'ordre que vous préférez.

 

L'après-midi s'annonce longuette. Annie en profite pour faire du courrier. Tri s'acharne sur sa tablette. Les autres partent pour quelques courses. Pour ma part, je pars en exploration du village. Devant l'église, une noce se prépare. Mariage pluvieux, mariage heureux. Je ne sais si ce proverbe se traduit en castillan, mais c'est le moment où jamais de s'y essayer. La pauvre mariée s'abrite tant bien que mal de l'averse sur le seuil de l'église, tandis que son garçon d'honneur essaie de sauver la traîne en plongeant sous la robe pour la maintenir à l'abri du sol humide. Photo quelque peu comique puisqu’on a vraiment l'impression qu'il va passer sous la robe de mariée où il n'a rien à faire. Le père de celle-ci, qui me voit prendre la photo, rigole doucement, avec une bonne humeur communicative. C'est la fête après tout !

De Viana à NavarreteDe Viana à Navarrete

Je laisse les mariés entrer dans l'église et m'éloigne par les petites ruelles vers les hauteurs du village. Un chat sur un toit me dit que la pluie est en voie de s'arrêter. tout comme le paysage au loin qui s'éclaircit soudain et s'illumine par la grâce d'une trouée dans les nuages. Comme toujours après la pluie, l’atmosphère est d'une transparence très pure qui donne de voir jusqu'à l'horizon avec une acuité exceptionnel. La plaine où ondule une route rendue brillante par la pluie est magnifique et l'air frais me donne envie de respirer à plein poumon. Il est si bon d'être ici. Quel bonheur !

De Viana à NavarreteDe Viana à Navarrete
De Viana à NavarreteDe Viana à Navarrete

Retour à l'église et entrée timide pour ne pas déranger la noce. Je me glisse dans un coin à l'arrière et profite du spectacle. Le retable qui occupe tout le chœur est encore une pure merveille baroque. Il n'y a rien d'autre à faire que de rester bouche bée devant une telle beauté. Mais cette beauté visible n'est rien comparée à la beauté des chants de la chorale qui anime la célébration. La polyphonie qui déploie ses harmonies dans la pénombre d'où surgissent les dorures éclatantes du chœur me transporte dans un autre monde. Quelle déception lorsqu'un maître de cérémonie nous demande de sortir discrètement pour ne pas interférer avec la cérémonie.

De Viana à Navarrete
De Viana à Navarrete

Ce soir, c'est une première, nous arrivons à convaincre les français de nous accompagner au restaurant pour partager ensemble un "menu del peregrino" et surtout un petit rouge sympathique de la Rioja. Tri y fait bonne figure, bien qu’il ne comprenne pas un mot de français et que les français ne comprennent pas plus son anglais californien. Mais le vin rend polyglotte, c'est bien connu. Quant à la nuit qui suivra, aucun souvenir. Qui s'en étonnera ?

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